Voilà un moment que l’on attendait ce 1er album de Flow. Après des apparitions scéniques qui ne laissaient jamais indifférent, il était temps de passer à la phase suivante pour couper court à nos frustrations. Les traces sonores et indélébiles de ses déchirures poétiques sont enfin gravées. Voici donc « L’âme de fond » le bien nommé. Onze titres à fleur de peau. Onze titres pour un voyage dans l’univers si particulier de ce petit bout de femme.

Je sais ouvre l’album. Plongeon dans le regard d’un enfant qui doit se débrouiller seul, supporter la solitude du foyer, la violence du quotidien. Une route qui mène de l’école désertée au juge des enfants. Il sait que le monde des adultes n’est pas le sien. Avec Shalom, les tambours du conflit Israélo-palestinien résonnent. Plusieurs dieux une seule prière ? Peut-on encore y croire après tant d’années de lutte perpétuelle. À noter la participation du grand IDIR. Et puis voici Louise. Elle n’est pas belle, elle est méchante et voit des crocodiles sous son lit. Mais n’est-ce pas ce qui nous attend tous ? la folie, la misère de la vieillesse, l’oubli, et l’abandon. À l’autre bout de la chaîne humaine , il y a les enfants. Coca dresse leurs portraits, on y croise Nicolas et ses Kalachnikovs, Abdallah qui rêve de devenir kamikaze, Fatu Mata femme cousue du Ghana qui fabrique des jouets pour l’Amérique, Malika mariée de force à un homme bien plus vieux qu’elle et qui la bat. Il y a aussi Maria qui se prostitue à Tijuana, Natacha petite mendiante roumaine. Des enfants oubliés ! Une respiration après ces premières chansons. Changement de cap et d’atmosphère. Fouille entraîne l’auditeur dans un tourbillon psychédélique. Guitares électriques en avant, ce morceau en deviendrait presque charnel et sensuel, si ce n’était un contre-pied pour jeu de mains non désiré. Zara pourrait être la petite sœur de la petite Malika. Elle aussi devra repartir, vers un pays qu’elle ne connaît peut-être pas, pour épouser un homme qu’elle n’aimera jamais. Mais il ne faut pas déshonorer la famille avec la promesse de ce mariage arrangé. Faisons un tour du bouiboui d’Amed et sa caverne aux trésors, Yalla nous y invite. Juste avant la disparition de ces petits lieux de réconfort qui vont être « karchériser » par les bien-pensants d’une société qui s’endort et s’ennuie. Dans ce monde si gris et si triste Faut pas rêver, pouvons-nous aimer l’autre. Une utopie irréalisable sans beaucoup d’espoir ? Mais pourquoi ne pas essayer de se donner quelques doses d’amour. De l’amour, il n y’en a guère dans Salem. Tragédie quotidienne des « sans-papiers » victimes de la violence policière lors des reconduites aux frontières. Des expulsions vers la mort. Que se passe-t-il sous le pont d’ Avignon ? nous y croisons ici comme ailleurs la même misère, les mêmes galères, les mêmes paumés les mêmes illusions perdues. L’album se conclut avec Poufiasse, petits portraits pleins d’humour de drôles de jeunes filles qui vivent leurs vies et leurs envies avec gourmandise, et où l’on voit que le ridicule ne tue pas bien au contraire ; un dernier sourire pour mieux reprendre notre souffle après un long voyage au fond de son âme !

Ont participé à cet album : Sébastien Le Bon (batterie), Martin Balzan et Julien Bonvoisin (basse), Brad Scoot (contrebasse), Etienne Abeillon, Manu Eveno, Alice Beauté, Stéphane Goldman (guitares), René Michel (accordéon), Amar (darbouka), Daniel Bravo (percus), Davio et Dondieu Divin (pianos), Davio (claviers et orgue), Tonio Stefani (machines), Gérard Tempia (violons), Frédéric Deville (violoncelle), Taran, Etienne Abeillon, Olivier Leite (choeurs).

Invité sur Shalom et Yalla : Idir.