A 27 ans, si Madjo n’a pas encore pris ce pli sagement amidonné des chanteuses pro, elle n’a pas non plus ce froissé coupable de celles qui s’éveillent trop tôt à la lueur plein phare des hypes éphémères. C’est donc sans doute l’âge idéal pour propulser hors de soi un trop plein de musiques, de sons, d’images et d’histoires et les consigner dans un premier album qui séduit d’emblée pour son mélange habilement dosé de fougue et d’assurance. Le mélange, d’ailleurs, fait partie de son histoire, un quart de sang africain hérité d’un grand-père Sénégalais irrigant des racines familiales dont la source, autrement, se situe à Evian. C’est ainsi en souvenir radieux de son enfance sur les hauteurs savoyardes qu’elle a adopté ce nom, Madjo, qui est celui de la maison dans laquelle elle a grandi. Madeleine et Joseph étaient les prénoms des anciens propriétaires, ça tient parfois à pas grand-chose les jolies histoires. Car ce nom, dès lors, il y a de sérieuses chances pour que l’on s’en souvienne longtemps, happé par cette voix magnétique, gorgée de soul, fièrement dressée sur des musiques aux résonances multiples, qui paraissent comme remontées d’un torrent d’influences et n’étouffent pourtant jamais sous leur poids.
Les compositions viendront naturellement, inspirées par quelques belles sirènes américaines du nom de Rickie Lee Jones, Joni Mitchell ou Fiona Apple. La chanson française l’intéresse moins, la soul authentique l’aide à trouver sa voix et la fréquentation assidue des souterrains les plus actifs de la pop contemporaine – de TV On The Radio à Animal Collective – lui procure des sensations dont sa musique en gestation se troublera avantageusement. Car voilà, le premier album de Madjo est un objet singulier, inclassable, à la fois charmeur et expérimental, empli de ferveur et pourtant vibrant d’autres choses que d’un simple songwriting, lequel est néanmoins déjà remarquable.
Retrouvez Madjo à TARATATA (Diff. France 4 le 11/05/10 & France 2 le 14/05/10) sur mytaratata.com













