Or, certains autres lieux méritent qu’on s’y arrête. Les Psycho Mutants sont hongrois. Ce pays partage, avec la Roumanie, la Transylvanie, fantômatique, région dans laquelle Bram Stocker a imaginé la genèse de Dracula. Alors les Psycho Mutants, des vampires Hongrois ? Une chose est sûre, ils ont en commun avec le célèbre Comte sa singularité, sa force, sa ténacité et sa face obscure.

“Psycho Mutants”, faut‑il entendre dans la racine grec de “psycho” (psukhê : l’âme) leur vision d’un rock qui prend ses origines chez Johnny Cash, le Gun Club ou Nick Cave, mais est réinventé par l’âme mutante de leur pays d’origine ?

Musicalement, c’est bien un mélange “mutant” de musiques écoutées et de musique ressentie, quelque chose que nous n’avons jamais entendu. Un rock’n’roll aussi intense qu’il aurait été joué par un HankWilliams élevé dans le château de Dracula et se prenant pour Chris Isaak un soir de biture à la Palinka.

Les Psycho Mutants sont le plus important groupe de Rock’n’roll de leur pays, et ils le doivent à deux choses : leurs performances scéniques et la personnalité de leur charismatique chanteur, dont la voix nous rappelle toute l’émotion ressentie à l’écoute d’un des derniers albums de Johnny Cash.

Si le groupe a une formation classique de rock : basse, batterie, guitare, chant, ce n’est pas un groupe de revival, ils ne sont pas répétiteurs d’un style éculé. L’ajout d’une trompette, d’un banjo ou d’un d’accordéon (il n’y a pas qu’Yvette Horner sur terre) n’y sont d’ailleurs pas étrangers. Ils se sont disputés, séparés et retrouvés, ont traversé l’Europe (France, Allemagne, Suisse, Serbie, Slovénie, Autriche, etc.) et sont le fruit d’un arbre dont les racines sont en Hongrie, mais dont les branches sont en Angleterre ou aux États-Unis.

Ce nouveau disque, Baby Burn, leur troisième opus, reflète encore mieux leur évolution. L’album s’ouvre sur No Hero une chanson tarantinesque des Carpates, bande son d’un film qui plante le décor de l’album : voix grave et posée, musique tendue et interventions musicales dignes d’un John Barry sous acide dans la B.O. de Beat Girl. Let me down, ballade plus joyeuse, figure un chanteur de charme balkanique entouré de loups sauvages un soir de pleine lune.

Avec Everybody’s Young God, le ton monte en intensité, le groupe semble nous inviter à la danse dans un club de Budapest où règnerait une folie tapageuse, voire au pogo !

Puis s’enchaînent les chansons et suivent les valses et les instrumentaux pour prolonger le voyage dans un imaginaire romantique mais épicé. Il est peuplé de références connues que nous voyons ici réunies grâce à la maestria du groupe, acquise au fil des tournées.

Écouter ce disque vous donne envie de les voir sur scène, et je vous le garantis, cela en vaut le détour.